Paru dans la dernière édition du magazine Estates & Collections de Christie’s Real Estate Belgium Bruxelles, cet entretien avec Tristan Montabord-Marc, architecte d’intérieur, explore une approche du résidentiel haut de gamme fondée sur la retenue, la durée et la justesse.
Tristan Montabord-Marc développe depuis plusieurs années une approche exigeante du résidentiel haut de gamme, où structure, proportion et matière priment sur l’ornement. À travers son studio éponyme, il conçoit des intérieurs pensés pour durer, fondés sur une lecture attentive des usages et une recherche constante d’équilibre. Ses réalisations, menées en Belgique et à l’international, se distinguent par une écriture sobre et précise, où chaque décision répond à une logique d’ensemble plutôt qu’à une démonstration formelle.
Installé sur la célèbre avenue Louise, son studio fonctionne comme un espace de réflexion plus que comme une vitrine : un lieu où la lumière, les textures et les volumes dialoguent avec sobriété. Chaque projet y est envisagé comme une construction patiente, attentive aux gestes quotidiens et aux rituels de ceux qui habitent. Loin des effets spectaculaires, il y développe un langage architectural où la matérialité, la justesse des proportions et la qualité d’exécution constituent le socle de toute intervention. Cette approche privilégie la continuité plutôt que la rupture, la cohérence plutôt que la signature visible.
À l’occasion de la première édition du magazine Christie’s Real Estate Belgium Bruxelles, nous avons rencontré Tristan Montabord-Marc dans son espace bruxellois pour évoquer sa vision du luxe discret, la valeur invisible d’un intérieur réussi et les raisons profondes qui permettent à certains lieux de traverser le temps avec évidence.
On confond souvent architecture intérieure et décoration. Quelle est, selon vous, la différence fondamentale ?
On confond l’apparence et la structure. L’architecture intérieure ne consiste pas à habiller un lieu, mais à en organiser l’invisible : proportions, circulation, lumière, acoustique.
C’est un travail discret qui donne à l’espace sa présence et sa capacité à accueillir la vie sans jamais chercher l’effet.
Quelle est l’erreur la plus fréquente que vous observez chez vos clients ?
Vouloir commencer par une image. Choisir un style avant d’avoir compris ce que le lieu doit permettre : se retrouver, respirer, recevoir, travailler. Lorsque l’on part des usages, l’esthétique devient une conséquence naturelle, pas une intention plaquée.
Qu’est-ce qui distingue une approche simplement haut de gamme d’une approche réellement luxueuse ?
Le haut de gamme affiche des qualités. Le luxe, lui, pratique la retenue. Il évite la démonstration et installe une sensation de permanence et de calme. Il se ressent dans le détail, dans la cohérence d’ensemble, dans ce qui ne cherche pas à impressionner.
Pourquoi certains lieux vieillissent-ils mieux que d’autres ?
Parce qu’ils ne cherchent pas l’effet. Ils reposent sur une structure sobre, des matériaux capables d’accepter le temps et des choix qui ne suivent pas la tendance. La patine n’y est pas une dégradation : elle devient une preuve de vie.
Votre travail consiste-t-il davantage à enlever qu’à ajouter ?
Souvent, oui. Enlever, c’est rendre le lieu lisible. Retirer le bruit visuel, simplifier les volumes, clarifier les circulations pour que l’espace respire avec justesse et cohérence. J’aime assez l’idée qu’un intérieur devienne une présence calme, pas une performance.
À quel moment un lieu cesse-t-il d’être décoré pour devenir habité ?
Quand il devient fluide. Quand on n’a plus besoin de penser l’espace pour y vivre. Tout est à sa place naturelle. L’intérieur n’est plus une image : il devient un point d’ancrage. C’est à cet instant précis que l’architecture cesse d’être un décor pour devenir un cadre de vie. Elle accompagne sans s’imposer, elle soutient les gestes sans les contraindre. Cette discrétion maîtrisée est, selon moi, la forme la plus aboutie du luxe contemporain.
À l’heure où l’image domine, Tristan Montabord-Marc défend une approche presque silencieuse de l’architecture intérieure. Une discipline qui ne cherche pas à séduire, mais à structurer, à apaiser, à inscrire un lieu dans la durée.
Dans ses projets, le luxe ne se proclame pas ; il s’installe avec discrétion et précision, jusqu’à devenir une évidence qui élève le lieu et en consolide la valeur dans le temps. Cette justesse, imperceptible au premier regard, façonne des espaces capables de traverser les années sans perdre de leur cohérence ni de leur intensité, et d’inscrire chaque intérieur dans une continuité durable.
Faites vous-même la connaissance de Tristan Montabord-Marc.
Tristan Montabord-Marc Studio
Avenue Louise, 268
1050 Bruxelles
+32 2 884 78 53

