L’art de vivre : à Venise, Dries Van Noten offre à la beauté une demeure

Palazzo Pisani Moretta, Grand Canal, Venice, Italy

Dans un palazzo gothique du Grand Canal, Dries Van Noten écrit un nouveau chapitre. Non pas une collection de plus, mais un lieu voué à la beauté, au métier et au geste de créer. La Fondazione Dries Van Noten est à la fois un hommage à ce qui fut et une invitation à regarder l'avenir autrement.

Certains lieux dépassent leur architecture. Ils portent des récits, des mémoires, des générations. Le Palazzo Pisani Moretta, à Venise, est de ceux-là.

Depuis avril 2026, ce palais gothique du Grand Canal abrite la Fondazione Dries Van Noten, l’initiative culturelle du créateur belge et de son compagnon Patrick Vangheluwe. Un chapitre singulier pour un nom né à Anvers et devenu, bien au-delà, un synonyme d’élégance libre.

Mais qui vient y chercher un discours sur la mode se trompe d’adresse.

La Fondazione regarde résolument devant elle.

Un palazzo comme œuvre vivante

Le lieu, à lui seul, rend le projet exceptionnel. Le Palazzo Pisani Moretta s’élève sur le Grand Canal, au cœur historique de Venise. Salons séculaires, fresques, ornements : rien ici ne sert de fond neutre à la création contemporaine. Tout y devient matière.

C’est précisément là que réside la force du lieu.

Van Noten et Vangheluwe confient au palais une nouvelle vocation culturelle sans effacer son passé. Patrimoine et création vivante cohabitent et se nourrissent l’un de l’autre. La Fondazione se veut un point de rencontre entre noms établis et talents naissants : art, design, mode, architecture, gastronomie et tout ce qui relève du geste créateur. Une même idée les rassemble, la capacité humaine à faire naître quelque chose d’exceptionnel.

Le métier n’y est pas traité comme une nostalgie, mais comme une langue vivante.

Chez Dries Van Noten, ce parti pris va de soi. Près de quatre décennies durant, son œuvre s’est distinguée par une attention rare à la couleur, à la matière, à la texture, au travail de la main. Après sa dernière collection comme directeur créatif de sa maison, en juin 2024, cette fascination a simplement changé de forme. À Venise, son regard se déplace : il ne s’agit plus de créer des collections, mais de réunir et de soutenir ceux qui créent.

Non la fin d’une carrière, mais l’évolution d’une vision.

The Only True Protest Is Beauty

La première présentation de la Fondazione porte un titre qui sonne comme un manifeste : The Only True Protest Is Beauty.

Conçue par Dries Van Noten et Geert Bruloot, l’exposition réunit plus de deux cents pièces : mode, joaillerie, design, photographie, verre, céramique, arts plastiques. Les œuvres ne sont pas rangées par catégories : elles dialoguent entre elles et avec les salles historiques qui les accueillent.

La beauté, ici, n’a rien de décoratif.

Elle peut surprendre. Déranger. Émouvoir.

Un objet contemporain change de sens devant une fresque de cinq siècles. Un matériau expérimental s’inscrit soudain dans une histoire beaucoup plus longue, celle de l’invention humaine. Les époques et les disciplines se traversent et le palais devient une Wunderkammer composée d’une main très sûre. Wunderkammer.

C’est cette épaisseur qui rend la Fondazione si singulière.

D'Anvers à Venise

Que ce récit soit écrit par un Belge lui donne une dimension supplémentaire.

Formé à l’Académie royale des beaux-arts d’Anvers, Dries Van Noten s’impose sur la scène internationale au sein des Six d’Anvers. C’est de là, ensuite, qu’il bâtit une maison dont l’influence a largement débordé les frontières belges.

Aujourd’hui, cet héritage créatif trouve à Venise une nouvelle demeure.

Le choix de la cité lagunaire a du sens. Pendant des siècles, Venise fut un carrefour : commerce, art, architecture, artisanat. Matériaux, idées et cultures s’y rencontraient pour donner naissance à ce qui ne pouvait naître nulle part ailleurs. La Fondazione veut rendre à ces croisements l’espace qui leur revient, entre le local et l’international, entre les maîtres reconnus et les jeunes talents, entre la tradition et l’expérimentation.

Elle dit ainsi quelque chose d’une autre forme de luxe.

Non pas le luxe de l’évidence, mais celui du temps, du savoir et de l’attention.

La valeur de ce qui ne se refait pas

Dans un monde où presque tout devient plus rapide et plus reproductible, c’est l’inverse qui attire.

Le fait main. La pièce unique. Une matière qui embellit avec les années. Un intérieur qui n’a pas été dessiné d’un trait, mais lentement composé, génération après génération. Un bâtiment dont les imperfections sont devenues le caractère.

Ces qualités se chiffrent mal. On les reconnaît pourtant d’instinct, dès qu’on se trouve devant elles.

L’immobilier d’exception, lui non plus, ne tire presque jamais toute sa valeur des mètres carrés ou de l’adresse. Les biens les plus rares possèdent ce qui ne se refait pas : une histoire, une identité architecturale, un savoir-faire hors norme, ou simplement ce génie du lieu que rien ne remplace.

Le Palazzo Pisani Moretta en est un exemple saisissant. La Fondazione ne le traite pas comme une relique à protéger du présent, mais comme un cadre où un nouveau récit peut s’écrire.

C’est peut-être la manière la plus contemporaine de considérer le patrimoine.

Non pas seulement conserver ce qui a de la valeur, mais lui rendre du sens.

Une nouvelle définition de l'art de vivre

Une parenté naturelle relie l’art, l’architecture, le design et l’immobilier d’exception. Non qu’ils s’adressent au même monde, mais parce qu’ils naissent du même désir : composer un cadre qui dépasse la fonction.

Une maison véritablement rare fait plus qu’abriter ceux qui l’habitent. Elle dit un goût, une culture, une façon de vouloir vivre.

C’est ce qui rend si juste, aujourd’hui, la Fondazione Dries Van Noten. Elle rappelle que la beauté n’est pas condamnée à être éphémère. Que les choses bien faites traversent les générations. Et que le raffinement véritable apparaît là où se rencontrent une vision, un métier et du temps.

Pour Christie’s International Real Estate Belgium, cette idée est familière.

Car habiter l’exception n’a jamais été seulement une affaire d’immobilier. C’est l’art de choisir, de conserver et de transmettre ce qui n’existe qu’une fois.